soupçonnait qu’Hélène avait orienté des marchés vers des sociétés contrôlées indirectement par son compagnon de l’époque, un consultant nommé Laurent Vasseur.
Mais ce n’était pas tout.
Il écrivait aussi qu’il avait confronté Laurent quelques jours avant sa mort.
La discussion s’était mal passée.
Julien avait alors commencé à sauvegarder ses preuves hors du bureau.
La dernière phrase me glaça.
« Si je me trompe, tout cela n’aura servi à rien.
Si je ne me trompe pas, ne laissez personne transformer Camille en cible pour atteindre Noah ou faire disparaître ce que j’ai trouvé. »
Camille me regarda.
« Il savait qu’on pourrait s’en prendre à moi. »
Je ne répondis pas immédiatement.
Nous examinâmes le disque avec un expert mandaté par notre avocat le jour même.
Il contenait des copies de contrats, des échanges de courriels, des factures et un tableau détaillant les liens entre les sociétés prestataires et Laurent Vasseur.
Aucun document, à lui seul, ne prouvait qu’Hélène avait détourné de l’argent.
Ensemble, ils justifiaient cependant une enquête complète.
Le plus troublant était un échange envoyé par Julien trois jours avant son accident.
Il écrivait à Laurent : « Je présente tout à mon père lundi.
Après ça, les contrats s’arrêtent. »
Laurent avait répondu : « Tu vas détruire ta propre famille pour des chiffres que tu ne comprends pas. »
Puis Julien : « Non.
Je vais empêcher ma famille d’être détruite par ceux qui pensent pouvoir tout acheter avec son nom. »
Je relus la phrase plusieurs fois.
Lundi.
Julien était mort le vendredi soir précédent.
Je contactai immédiatement notre avocat.
Il fut catégorique : nous devions transmettre les éléments aux autorités compétentes et éviter toute accusation prématurée.
Je suivis son conseil.
Le lendemain, un audit externe fut officiellement lancé.
Hélène m’appela dix-sept fois.
Je ne répondis qu’à la dix-huitième.
« Tu es devenu fou », dit-elle sans même me saluer.
« L’audit déterminera ce qui s’est passé. »
« Tu crois vraiment que j’ai fait du mal à Julien ? »
Sa voix se brisa sur son prénom.
C’était la première fois depuis longtemps que j’entendais chez ma sœur quelque chose qui ressemblait à de la peur plutôt qu’à de la colère.
« Je ne sais pas ce que tu as fait », répondis-je.
« Voilà précisément le problème. »
« Je n’ai jamais touché à sa voiture. »
Je me figeai.
Je n’avais pas parlé de l’accident.
« Pourquoi tu dis ça ? »
Silence.
Puis elle répondit trop vite : « Parce que je sais ce que tu imagines. »
« Je n’ai encore rien imaginé à voix haute. »
Elle raccrocha.
Cette conversation fut transmise à notre avocat.
Quelques semaines plus tard, l’audit confirma une série de conflits d’intérêts graves.
Laurent Vasseur avait bénéficié indirectement de contrats attribués à des sociétés écrans.
Plusieurs recommandations avaient été validées par Hélène sans déclaration des liens personnels.
La fondation mit fin aux contrats et transmit les conclusions aux autorités.
L’enquête sur les finances prit du temps.
L’enquête sur l’accident de Julien fut également réexaminée à la lumière des nouveaux éléments.
Elle ne révéla finalement aucune preuve qu’Hélène ou Laurent avait provoqué sa mort.
Les experts confirmèrent que l’accident restait compatible avec une perte de contrôle sur route mouillée.
Cette conclusion fut étrange à recevoir.
Une