« Quelle structure ? »
Je ne répondis pas tout de suite.
Devant la maison, une trentaine de voitures occupaient déjà la cour.
Des serveurs entraient et sortaient.
À travers les hautes fenêtres, je voyais les invités réunis dans le salon principal.
Le dîner du conseil de la Fondation Delcourt devait commencer à vingt heures.
Hélène avait invité des administrateurs, des mécènes et deux représentants d’un grand groupe partenaire.
Elle aimait les soirées où tout le monde la regardait.
Ce soir-là, elle allait être regardée autrement.
Lorsque nous entrâmes, les conversations ralentirent une à une.
Camille portait Noah, encore à moitié endormi.
J’étais derrière elle avec une valise.
Alain suivait avec les autres.
Hélène se tenait près de la cheminée dans une robe bleu nuit, une coupe à la main.
Son sourire disparut.
« Marc. »
« Bonsoir, Hélène. »
Son regard glissa vers Camille.
« Qu’est-ce qu’elle fait ici ? »
Je retirai calmement mon manteau.
« Elle rentre chez elle. »
Un silence lourd tomba sur la pièce.
Hélène posa sa coupe.
« Peut-on parler en privé ? »
« Non. »
« Marc. »
« Tu as organisé son départ devant le personnel et la sécurité.
Tu n’avais visiblement aucun besoin de discrétion ce matin. »
Quelques personnes échangèrent des regards.
Hélène se raidit.
« J’ai pris une décision nécessaire.
Tu étais absent, et quelqu’un devait gérer la situation. »
« Quelle situation ? »
« Camille n’est pas adaptée aux responsabilités qui accompagnent le nom Delcourt. »
Camille ferma les yeux.
Je continuai : « Et tu pensais avoir le droit de la chasser ? »
« C’est aussi ma maison. »
Voilà.
La phrase que j’attendais.
Je sortis mon téléphone.
« Parfait.
Vérifions ça. »
J’appelai Maître Étienne Renaud, notre notaire depuis plus de vingt ans.
Il répondit rapidement.
« Marc ? Tout va bien ? »
« J’ai besoin d’une confirmation.
Je suis avec plusieurs membres du conseil.
Peux-tu nous dire qui détient juridiquement le domaine de Saint-Clair ? »
Hélène s’avança vers moi.
« C’est grotesque. »
Je levai une main.
Le notaire reprit : « Depuis l’acte enregistré en février, le domaine appartient à la fiducie patrimoniale constituée au bénéfice de Noah Delcourt.
Sa mère, Camille Moreau, bénéficie d’un droit d’usage et de résidence protégé. »
Camille me fixa, stupéfaite.
Le salon resta muet.
« Et ma sœur ? » demandai-je.
« Madame Hélène Delcourt ne dispose d’aucun droit permanent sur le bien.
Son accès dépend de l’autorisation de l’administrateur de la fiducie. »
« Qui est l’administrateur ? »
« Vous. »
Je remerciai Étienne et raccrochai.
Hélène avait perdu toute couleur.
« Tu as transféré Saint-Clair à Noah ? »
« J’ai sécurisé son avenir. »
« Et tu ne m’en as jamais parlé ? »
« Je n’avais aucune raison de le faire. »
« Je suis ta sœur. »
« Camille est la veuve de mon fils.
Noah est mon petit-fils.
Tu viens de faire sortir les deux bénéficiaires d’une propriété dans laquelle tu n’es qu’une invitée. »
Un administrateur détourna les yeux pour cacher une expression presque amusée.
Hélène le remarqua.
« Vous trouvez ça drôle ? »
Personne ne répondit.
Camille, elle, semblait incapable de parler.
« Marc, je ne savais rien de tout ça. »