de quelques centimètres.
« Mathieu ? »
La voix de Marc était exactement la même que d’habitude.
Calme.
Familière.
« Pourquoi c’est fermé ? »
Je suis resté derrière la porte.
« On ne sort plus ce soir. »
Silence.
« Tout va bien ? »
« Non. »
Le silence suivant a duré trop longtemps.
Puis il a demandé :
« Élise est là ? »
Ce n’était pas une question que j’avais envie d’entendre.
« Pars, Marc. »
« Qu’est-ce qui se passe ? »
« Pars. »
Il a essayé de rire.
« Tu me fais quoi, là ? »
Je n’ai pas répondu.
Quelques minutes plus tard, une patrouille arrivée après notre appel a pris le relais.
Je n’ai assisté à aucune confrontation spectaculaire.
Je n’en voulais pas.
Mon rôle n’était plus d’obtenir une confession dans notre entrée.
Mon rôle était de rester avec ma fille.
Cette nuit-là, Élise a dormi entre Sophie et moi.
Ou plutôt, nous avons fait semblant de dormir pendant qu’elle changeait de position toutes les vingt minutes.
Le lendemain, nous avons commencé un parcours que personne ne devrait connaître : entretiens adaptés, médecin, enquêteurs, conservation des fichiers, questions auxquelles nous devions répondre sans parler à la place d’Élise.
Les semaines suivantes furent étranges.
La colère n’était pas constante.
Elle venait par vagues.
Parfois, je regardais une tasse que Marc avait offerte à Noël et je devais quitter la cuisine.
Parfois, je me souvenais d’un barbecue où il avait porté Élise sur ses épaules pendant que nous riions tous autour de lui, et je ressentais une honte absurde d’avoir été heureux sur cette photo.
Notre thérapeute familial nous a aidés à comprendre quelque chose d’essentiel : Élise n’avait pas besoin que nous détruisions chaque souvenir heureux de son enfance.
Elle avait besoin que nous lui montrions qu’un adulte pouvait être aimé par une famille et malgré tout être tenu responsable de ses actes.
L’enquête a pris une autre dimension lorsque les autorités ont contacté Anaïs.
Elle vivait désormais dans une autre région.
Je ne lui ai parlé qu’une seule fois, plusieurs mois plus tard, avec son accord.
Sa première phrase a été :
« J’attendais ce coup de téléphone depuis deux ans. »
Zoé avait signalé à sa mère que Marc la saisissait brutalement lorsqu’il perdait patience.
Anaïs avait confronté Marc.
Il avait tout nié et l’avait accusée de monter l’enfant contre lui.
Elle avait voulu porter plainte, mais à l’époque les éléments matériels étaient limités et Zoé était trop bouleversée pour répéter son récit à plusieurs adultes.
Anaïs avait donc choisi de partir et de couper tout contact.
Elle avait aussi envoyé un message à deux amis de Marc pour les prévenir.
Je n’avais jamais reçu ce message.
Mais Sophie, elle, s’est souvenue d’un détail.
Deux ans plus tôt, Marc avait changé de numéro pendant quelques semaines après avoir perdu son téléphone.
Plusieurs conversations avaient disparu de notre cercle commun.
À l’époque, personne n’y avait prêté attention.
L’enregistrement d’Élise, les anciennes déclarations de Zoé et d’autres éléments ont permis aux enquêteurs de reconstituer un schéma plus cohérent.
Je ne raconterai pas ici chaque détail judiciaire.
Certains appartiennent à Élise et à Zoé, pas à moi.
Ce que je peux dire, c’est que Marc n’a plus jamais été autorisé à se retrouver