sa bibliothèque et a sorti une vieille boîte décorée de licornes.
Sous des carnets, elle avait fabriqué un faux fond avec du carton.
Elle en a retiré mon ancien téléphone professionnel.
« Il ne se connecte plus à Internet », ai-je dit.
« Je sais.
Mais il peut enregistrer. »
Elle m’a expliqué qu’elle l’avait glissé dans son sac plusieurs semaines plus tôt parce qu’elle avait commencé à avoir peur que Marc nie tout si elle parlait.
Cette phrase m’a brisé d’une manière que je n’oublierai jamais.
Une enfant de huit ans avait construit seule une stratégie pour être crue par ses propres parents.
Je n’ai pas écouté les fichiers devant elle.
Nous avons d’abord appelé les services compétents pour demander comment préserver les enregistrements et protéger Élise sans la forcer à répéter son récit.
Le spectacle a été annulé.
Sophie a envoyé un message à la professeure de danse en disant simplement qu’Élise était malade.
Puis mon téléphone a vibré.
Marc venait d’écrire :
« Vous êtes partis ? Je peux récupérer Élise après le spectacle si vous voulez sortir tous les deux. »
J’ai fixé l’écran.
Trois heures plus tôt, cette proposition m’aurait semblé généreuse.
Maintenant, elle me donnait la nausée.
Élise a vu son nom sur l’écran.
« Ne lui dis pas que tu sais. »
« Pourquoi ? »
Elle a repris l’ancien téléphone et m’a montré quatre enregistrements.
« Dans le dernier, il parle de Zoé. »
Le nom m’était familier.
Zoé était la fille de l’ancienne compagne de Marc.
Elle avait neuf ans à l’époque où sa mère, Anaïs, avait quitté Marc brusquement.
Il nous avait raconté qu’Anaïs était devenue jalouse et paranoïaque.
Selon lui, elle avait disparu du jour au lendemain en emmenant Zoé sans lui laisser le temps de dire au revoir.
Je me souvenais même d’avoir défendu Marc.
J’avais dit à Sophie : « Elle aurait au moins pu lui expliquer. »
Dans la salle de bain, loin d’Élise, nous avons écouté le dernier fichier.
La qualité était médiocre.
On entendait une porte, des pas, puis la voix de Marc.
Il reprochait à Élise de refuser de rester dans son atelier pendant qu’il terminait quelque chose.
Elle demandait à rentrer chez elle.
Sa voix à lui est devenue plus dure.
Puis cette phrase :
« Zoé, elle, ne faisait pas autant d’histoires. »
Sophie s’est appuyée contre le lavabo.
« Mathieu… »
Je savais déjà ce qu’elle pensait.
Si Zoé avait vécu quelque chose de similaire, alors Anaïs n’était peut-être jamais partie par jalousie.
Elle avait peut-être fui.
Mon téléphone a vibré une nouvelle fois.
« Je suis devant. »
Je suis allé jusqu’à la fenêtre.
La voiture de Marc était garée devant notre maison.
Élise l’a aperçue depuis le couloir et s’est figée.
« Il ne devait pas venir maintenant », a-t-elle murmuré.
La sonnette a retenti.
Une fois.
Puis deux.
Nous n’avons pas répondu.
Alors j’ai entendu le son métallique qui m’a glacé davantage que tout le reste.
Une clé entrait dans la serrure.
J’avais donné ce double à Marc deux ans plus tôt.
Je me suis placé entre l’entrée et l’escalier pendant que Sophie emmenait Élise dans notre chambre et verrouillait la porte.
La poignée a bougé.
Mais la chaîne de sécurité était mise.
La porte s’est ouverte