Le message de ma fille est arrivé à 18 h 12, alors que je cherchais une deuxième chaussette noire dans le tiroir de ma chambre.
« Papa, viens dans ma chambre.
Tout seul.
Ferme la porte. »
Je me suis arrêté immédiatement.
Élise avait huit ans et considérait normalement les messages comme une occasion d’ajouter quinze émojis inutiles.
Ce soir-là, rien.
Pas de cœur, pas de visage qui rit, pas de faute volontaire.
Seulement une phrase sèche, précise, presque adulte.
Je m’appelle Mathieu Delcourt.
Ma femme Sophie et moi nous préparions à assister au spectacle de danse de printemps d’Élise au théâtre municipal de notre ville.
Nous étions déjà en retard.
Sa robe bleu nuit attendait sur un cintre dans le couloir, son sac était près de la porte et Sophie vérifiait pour la troisième fois que nous avions les billets.
En traversant l’étage, je l’ai entendue appeler depuis la cuisine.
« Mathieu, elle est prête ? »
« J’arrive. »
Je ne sais pas pourquoi je n’ai pas ajouté autre chose.
Peut-être parce que mon corps avait compris avant moi que quelque chose n’allait pas.
Quand je suis entré dans la chambre d’Élise, la robe était encore sur le dossier d’une chaise.
Elle était assise sur son lit, vêtue d’un pantalon de jogging gris et de son tee-shirt de répétition.
Son téléphone était serré entre ses deux mains.
La lumière du soir traversait les rideaux et coupait son visage en deux.
« Tu avais besoin de moi ? »
Elle a levé les yeux.
« Ferme vraiment la porte. »
Je l’ai fait.
Puis elle m’a demandé de promettre que je ne crierais pas.
Cette demande a déclenché une alarme dans ma tête.
Je me suis accroupi à quelques pas d’elle.
« Je peux te promettre que je vais t’écouter avant de faire quoi que ce soit. »
Ses lèvres ont tremblé.
« Je ne veux pas aller au spectacle. »
« Ce n’est pas grave. »
Elle a semblé surprise.
« Même si maman est déçue ? »
« Même là. »
Elle a baissé les yeux vers ses mains.
« Ce n’est pas à cause du spectacle. »
Elle s’est levée, m’a tourné le dos et a remonté légèrement son tee-shirt.
Plusieurs marques apparaissaient près de ses côtes et de ses omoplates.
Rien de spectaculaire, rien qui aurait attiré l’attention sous ses vêtements, mais elles étaient trop nombreuses et trop régulières pour ressembler à une chute banale.
Certaines viraient au jaune.
D’autres étaient plus sombres.
Je n’ai pas bougé.
Pendant une seconde, une colère si violente m’a traversé que j’ai eu peur qu’Élise la voie dans mon visage et regrette immédiatement de m’avoir appelé.
Alors j’ai regardé le parquet, respiré une fois et demandé :
« Est-ce que quelqu’un t’a fait ça ? »
Elle a hoché la tête.
« Depuis longtemps ? »
« Depuis février. »
Quatre mois.
Je me suis assis par terre.
Quatre mois durant lesquels elle avait continué à aller à l’école, à répéter ses chorégraphies, à réclamer du chocolat chaud le dimanche et à rire devant des vidéos de chiens.
Quatre mois durant lesquels je m’étais cru attentif.
« Pourquoi tu ne nous l’as pas dit ? »
Élise s’est recroquevillée.
« Il disait que personne ne me croirait. »
Ce