encore.
« THOMAS ! »
La musique continua.
Elle chercha quelque chose qui pourrait faire plus de bruit.
Une chaise métallique se trouvait contre le mur, mais son ventre l’empêchait de la soulever facilement.
Elle parvint à la tirer et frappa un pied contre le cadre de la porte.
Le choc résonna.
Une silhouette apparut enfin dans la cuisine.
Claire.
Maëlle sentit un soulagement violent.
« Ouvre.
Maintenant. »
Claire regarda la chaise dans ses mains.
« Arrête.
Tu vas casser quelque chose. »
« J’ai froid. »
« Ça fait à peine quelques minutes. »
« Je suis enceinte ! »
« Je sais.
Tout le monde le sait. »
Le ton de Claire contenait quelque chose que Maëlle n’avait encore jamais entendu aussi clairement : du ressentiment.
Pas contre sa grossesse.
Contre ce qu’elle représentait.
Maëlle posa la chaise.
« Qu’est-ce que tu veux ? »
Claire eut un rire bref.
« Voilà.
Encore une fois, tout tourne autour de toi. »
« Tu m’as enfermée dehors. »
« Parce que personne n’ose jamais te dire non.
Thomas saute dès que tu dis que tu as mal.
Papa réorganise tous les repas pour toi.
Tout le monde parle de votre bébé comme si plus rien d’autre n’existait. »
Maëlle la fixa.
« Tu es jalouse d’un bébé qui n’est même pas né ? »
Le visage de Claire se ferma.
Elle s’approcha de la vitre.
« Je suis fatiguée de regarder mon frère devenir quelqu’un qui n’a plus besoin de nous. »
Cette phrase expliquait davantage que toutes ses attaques précédentes.
Mais elle n’excusait rien.
« Ouvre la porte. »
Claire secoua lentement la tête.
« Quand tu te seras calmée. »
Elle repartit.
Maëlle sentit alors la première contraction.
Ce n’était pas une simple tension comme celles qu’elle avait ressenties certains soirs.
La douleur prit son ventre tout entier et descendit jusque dans son bassin.
Elle s’agrippa au mur.
« Non… »
Elle essaya de respirer lentement.
La douleur diminua.
Le bébé bougea avec brusquerie.
Maëlle posa les deux mains sur son ventre.
« Ça va.
Papa revient. »
Elle n’en savait rien.
Elle frappa de nouveau contre la vitre.
Ses mains étaient maintenant trop engourdies pour sentir correctement les impacts.
Dans l’immeuble d’en face, à travers la cour, un homme nommé Victor Lemaire fermait ses stores lorsqu’il remarqua une silhouette sur le balcon.
Il pensa d’abord que quelqu’un fumait.
Puis il vit la femme frapper contre la vitre.
Victor ouvrit sa fenêtre.
« Madame ? » cria-t-il.
Le vent emporta sa voix.
Maëlle ne l’entendit pas.
Il observa encore quelques secondes, puis aperçut ses mouvements désordonnés.
Il prit son téléphone et envoya un message au concierge de l’immeuble voisin.
À l’intérieur de l’appartement, tante Sylvie venait justement de demander :
« Vous entendez ce bruit ? »
Claire prit une serviette sur le comptoir.
« C’est le vent contre une chaise. »
« Où est Maëlle ? »
« Dans la salle de bain, je crois. »
Sylvie accepta la réponse.
Quelques minutes plus tard, Thomas et son père remontèrent du garage.
Thomas entra le premier, les bras chargés.
« Maëlle ? »
Personne ne répondit.
Claire se trouvait près du salon.
« Elle doit être dans la chambre », dit-elle rapidement.
Thomas posa la caisse.