ce que Léa m’avait dit spontanément.
Puis je contactai les services compétents afin de demander quelle procédure suivre pour protéger l’enfant et préserver les éléments existants sans aggraver la situation.
Je ne confrontai pas Nadia.
C’était difficile.
Elle m’envoya même un message affectueux ce soir-là : une photo de son dîner et un cœur rouge.
Je regardai l’écran longtemps avant de répondre simplement que tout allait bien.
Le lendemain matin, en cherchant le carnet médical de Léa dans un tiroir, je découvris une grande enveloppe déjà ouverte portant le nom de Marc Delcourt.
Une lettre dépassait légèrement.
Je vis une phrase manuscrite.
« Si un jour Léa affirme avoir peur de moi, demande-lui qui lui a appris les mots. »
J’eus l’impression que la pièce s’était vidée d’air.
La lettre datait de presque trois ans.
Marc y écrivait qu’il essayait de conserver une relation avec sa fille malgré une séparation devenue extrêmement conflictuelle.
Il disait craindre que Léa soit utilisée pour transmettre des accusations qu’elle ne comprenait pas.
Il précisait avoir remis à sa fille un petit enregistreur, non pour qu’elle espionne qui que ce soit, mais parce qu’il ne savait plus comment démontrer les conversations qu’elle lui rapportait.
Un numéro de téléphone figurait au bas de la page.
J’ai appelé.
Un homme décrocha après trois sonneries.
« Allô ? »
« Marc Delcourt ? »
« Oui. »
« Je m’appelle Lucas Mercier.
Je suis le mari de Nadia. »
Le silence fut immédiat.
Puis il demanda :
« Léa est avec vous ? »
« Oui.
Elle est à l’école en ce moment.
Elle va bien. »
J’entendis l’homme expirer comme s’il retenait son souffle depuis des années.
« Elle vous a montré quelque chose ? »
La précision de sa question me fit comprendre qu’il savait déjà ce que le dictaphone pouvait contenir.
« Oui. »
Marc resta silencieux.
Puis il dit :
« Ne prévenez pas Nadia que nous avons parlé.
Pas encore. »
Il me raconta sa version.
Trois ans auparavant, lorsqu’il avait annoncé vouloir mettre fin à leur relation, Nadia avait commencé à l’accuser d’être instable.
Peu après, Léa avait utilisé devant une éducatrice des expressions étonnamment adultes pour décrire son père.
Certaines accusations avaient déclenché des vérifications.
Aucune preuve solide d’un comportement dangereux n’avait été établie, mais le conflit judiciaire avait duré longtemps.
Marc avait perdu du temps avec sa fille, beaucoup d’argent et presque toute crédibilité auprès de l’entourage commun du couple.
Nadia, elle, avait raconté qu’il était parti.
« Pourquoi ne vous ai-je jamais vu ? » demandai-je.
« Parce qu’elle contrôle les contacts dès qu’elle le peut.
J’ai un droit de visite limité.
Elle trouve régulièrement des raisons de le modifier ou de le retarder.
Mon avocat travaille encore dessus. »
Je ressentis une méfiance instinctive.
Un récit contre un autre n’était pas une preuve.
« Vous comprenez que je ne peux pas simplement prendre votre parole pour vérité ? »
« Bien sûr », répondit-il.
« Ne le faites surtout pas.
Demandez les dossiers.
Demandez les décisions.
Parlez aux professionnels concernés.
Mais protégez Léa pendant que vous vérifiez. »
Cette réponse me troubla davantage qu’une longue défense passionnée.
Le soir, Nadia appela en visioconférence.
Elle était dans sa chambre d’hôtel, parfaitement maquillée, un verre d’eau à la main.
«