Il a brûlé sa robe sans savoir qui possédait réellement son entreprise

familiale était presque mythique.

Elle n’assistait jamais aux événements internes.

Sa discrétion avait nourri toutes sortes de rumeurs : maladie, exil fiscal, conflit de succession, peur des médias.

Julien sentit une excitation immédiate.

Rencontrer Claire Varenne le soir même de sa promotion pouvait transformer sa carrière.

Il arrangea son nœud papillon.

Camille le regarda.

« Tu vas finir par l’étrangler. »

« Quoi ? »

« Ton nœud.

Détends-toi. »

Il sourit.

« C’est peut-être la personne la plus importante de cette pièce. »

Camille répondit doucement :

« Alors évite de te comporter comme si tu voulais quelque chose d’elle. »

Julien rit.

« Tout le monde veut quelque chose de tout le monde. »

La phrase resta suspendue entre eux.

À vingt et une heures douze, les portes du grand salon s’ouvrirent.

Le quatuor à cordes venait de terminer un morceau.

Le silence entre deux applaudissements permit au bruit des portes de se propager dans toute la pièce.

Antoine Delmas se leva immédiatement.

Puis Philippe Dervaux.

Puis les autres administrateurs.

Julien pivota vers l’entrée.

Deux membres du service de sécurité s’écartèrent.

Étienne Roche entra le premier.

À son bras se trouvait une femme en robe noire.

Julien ne reconnut pas la robe.

Il reconnut le visage.

Son cerveau refusa d’abord l’information.

Claire.

Il cligna des yeux.

Elle avançait lentement, les épaules droites, les cheveux relevés dans un chignon simple.

Une broche noire brillait sur son épaule gauche.

Le chef de la sécurité inclina la tête devant elle.

Antoine s’approcha.

« Madame la Présidente. »

Julien sentit le sol disparaître sous ses pieds.

Camille tourna la tête vers lui.

« Tu la connais ? »

Il ne répondit pas.

Sur la table centrale, un carton avait été posé devant la place principale.

CLAIRE VARENNE.

Julien fixa les lettres.

Il pensa à Claire Martin.

À sa femme qui découpait les coupons de réduction sur la table de la cuisine.

À sa femme qui se levait à cinq heures pour travailler.

À sa femme qui avait refusé pendant des années qu’il remplace sa petite voiture, affirmant qu’ils avaient de meilleures priorités.

À sa femme dont il avait brûlé la robe deux heures plus tôt.

Il fit un pas vers elle.

« Claire ? »

Elle l’entendit.

Il en fut certain.

Mais elle continua vers Antoine.

« Nous sommes heureux que vous soyez venue », dit le directeur général.

« Moi aussi. »

Sa voix était calme.

Julien connaissait cette voix.

Il l’avait entendue lorsqu’elle consolait sa mère malade.

Lorsqu’elle négociait avec un propriétaire.

Lorsqu’elle lui disait, des années plus tôt : « Tu vas réussir ton examen. »

Mais il y avait maintenant dans son calme quelque chose qu’il n’avait jamais perçu.

De l’autorité.

Le maître de cérémonie prit le micro.

« Mesdames et messieurs, nous avons ce soir l’honneur exceptionnel d’accueillir Madame Claire Varenne, présidente non exécutive de Marlowe Crest et représentante de la fondation Varenne, actionnaire familial majoritaire. »

Les applaudissements remplirent la salle.

Claire salua légèrement.

Julien ne pouvait plus respirer normalement.

Camille s’écarta d’un demi-pas.

« Julien », murmura-t-elle.

« Dis-moi que tu savais. »

Il tourna vers elle un visage vide.

« Je… »

Le maître de cérémonie poursuivit.

« Nous allons maintenant célébrer plusieurs nominations majeures. »

Julien connaissait l’ordre.

Son nom devait être le

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