Mon père a porté un toast à sa fille secrète en effaçant mon prénom

est arrivée.

Elle m’a serrée plus longtemps que d’habitude.

« Ça va ? » ai-je demandé.

« Oui.

Pourquoi ? »

« Tu as l’air bizarre. »

« Fatiguée. »

Elle s’est éloignée avant que je puisse répondre.

Deuxième détail.

À dix-huit heures trente, alors que je cherchais un chargeur dans le bureau, j’ai vu mon père assis seul devant son ordinateur.

Il tenait une feuille imprimée.

Il l’a retournée dès que je suis entrée.

« Je dérange ? »

« Non, non. »

« Tu prépares ton discours ? »

Il a souri.

« Quelques mots.

Rien de spectaculaire. »

Sur le bureau, à côté de lui, se trouvait une petite enveloppe kraft.

Un prénom était écrit dessus à la main.

Je n’ai vu que les deux premières lettres avant qu’il pose la feuille par-dessus.

JU.

Je me souviens avoir pensé qu’il s’agissait sans doute de quelque chose destiné à Julien, son ancien collègue, qui faisait partie des invités.

À vingt heures, tout le monde était installé.

Le soleil avait disparu derrière les arbres et la terrasse baignait dans une lumière dorée.

Les invités riaient.

Mon oncle racontait la même anecdote sur le mariage de mes parents que depuis quinze ans.

Noé mangeait du pain en cachette avant l’entrée.

J’étais assise entre une cousine et une amie de ma mère.

Mon père se trouvait deux places plus loin.

À 20 h 36, il s’est levé.

Il a parlé de ma mère d’abord.

De leur première rencontre dans un bal municipal.

De leurs déménagements.

De la maison achetée lorsque nous étions enfants.

Des années difficiles.

Puis il a parlé de nous.

« Et puis il y a les enfants. »

Quelques personnes ont souri.

« Thomas, qui a toujours eu besoin de comprendre comment tout fonctionnait avant même de savoir s’en servir. »

Mon frère a levé son verre.

Des rires.

Puis mon père a dit : « Et mes trois filles extraordinaires.

Élise, Manon et Juliette. »

Je n’ai d’abord pas compris.

Le cerveau possède parfois cette manière étrange de refuser une information pourtant parfaitement claire.

Je me suis demandé si j’avais mal entendu.

Puis j’ai regardé Manon.

Son visage avait changé.

Elle ne semblait pas confuse.

Elle semblait terrifiée.

Élise avait baissé les yeux.

Ma mère, elle, souriait toujours.

C’est son sourire qui m’a appris que je n’avais pas mal entendu.

Mon père a poursuivi.

Il parlait d’être fier de nous.

Je n’écoutais plus.

Le prénom tournait dans ma tête.

Juliette.

Je connaissais plusieurs Julie, une Juliana, deux Juliette de l’école de Noé.

Mais aucune Juliette dans notre famille.

Personne ne corrigeait mon père.

Ma tante Véronique, en face de moi, m’a regardée une seconde avant de détourner les yeux.

C’est là que la douleur a changé de nature.

Une erreur est solitaire.

Un secret a des témoins.

J’ai posé mon verre.

Mon père a terminé son toast.

Les invités ont applaudi.

Je me suis levée.

« Camille ? » a murmuré ma mère.

J’ai vu immédiatement ce qui l’inquiétait.

Pas moi.

La scène.

Les regards.

La soirée qu’elle avait organisée au millimètre.

Je lui ai souri et je suis entrée dans la maison.

À l’étage, mon sac était encore fermé.

Je n’avais rien déballé.

J’ai pris cela comme un signe.

Dans le salon, Noé jouait avec ses

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