choisi de m’humilier afin d’établir qui, selon eux, détenait le pouvoir à cette table.
Je regardai Julien.
« C’est pour cela que tu voulais me voir ? »
Il ouvrit la bouche.
« Maman… »
Claire intervint encore.
« Ne dramatise pas.
Nous parlons d’un simple document. »
Un serveur passa derrière elle.
Je le reconnus : Nicolas, employé ici depuis seize ans.
En croisant mon regard, il ralentit.
Il avait évidemment remarqué mon assiette absente.
Je secouai très légèrement la tête.
Pas encore.
Je voulais entendre jusqu’où ils iraient.
Claire continua à parler du prêt, de la valeur de mon appartement, de la rapidité avec laquelle un notaire pourrait préparer les documents.
Elle connaissait déjà beaucoup trop de détails.
« Tu t’es renseignée », dis-je.
« Il faut être organisé. »
« Sur la valeur de mon logement aussi ? »
Elle haussa les épaules.
« Ce sont des informations faciles à estimer. »
Je me tournai vers Julien.
« Tu lui as donné mes documents ? »
Il devint pâle.
« Seulement une copie d’un ancien avis de taxe foncière.
Je pensais que… »
Je sentis enfin la colère monter.
Pas contre Claire.
Contre lui.
« Tu es entré chez moi et tu as pris un document personnel ? »
« J’avais encore la clé. »
« Ce n’était pas ma question. »
Il baissa la tête.
Claire leva les yeux au ciel.
« Hélène, vraiment.
On parle d’un papier. »
« Non.
Nous parlons d’une limite. »
Pour la première fois, Béatrice sembla percevoir le malaise.
« Peut-être que ce sujet pourrait attendre. »
Claire serra les lèvres.
« Très bien. »
Puis elle prit une bouchée de homard.
« Mais il ne faudra pas venir demander notre aide plus tard si tu as des problèmes financiers. »
Je la regardai mâcher.
Une étrange sérénité remplaça soudain ma colère.
Elle avait décidé qui j’étais sans jamais chercher à le savoir.
Et Julien l’avait laissée faire.
Quelques minutes plus tard, Nicolas revint près de la table.
« Madame Delcourt ? »
Claire leva un sourcil.
Elle connaissait mon prénom, mais manifestement pas mon nom de famille.
« Monsieur Renaud demande si vous pouvez passer au bureau.
Il y a une question urgente concernant la propriété voisine. »
Je reposai ma serviette.
Claire ricana.
« Ils convoquent maintenant les clientes qui ne commandent rien ? »
Nicolas la regarda, sincèrement déconcerté.
Avant qu’il puisse répondre, les portes de la cuisine s’ouvrirent.
Antoine Vasseur, notre chef exécutif, apparut en veste blanche.
À ses côtés marchait Marc Renaud, directeur général du restaurant, tenant un dossier noir.
Plusieurs membres du personnel s’écartèrent pour les laisser passer.
Antoine s’arrêta près de moi et inclina la tête.
« Madame Delcourt, pardonnez-nous d’interrompre votre dîner.
Les propriétaires du bâtiment voisin viennent d’accepter votre dernière offre.
Nous avons besoin de votre validation pour lancer la signature demain matin. »
Personne à notre table ne bougea.
Claire tenait encore sa fourchette en l’air.
Gérard regarda Antoine, puis moi.
Julien fronça les sourcils.
« Quelle propriété ? »
Marc répondit avant moi.
« Celle que la société de Madame Delcourt souhaite intégrer au complexe du restaurant. »
Claire laissa échapper un petit rire nerveux.
« Sa société ? »
Marc comprit enfin que quelque chose n’allait pas.
Il