Sept mois après notre divorce, Marc Delcourt m’a appelée pour m’inviter à ses fiançailles.
Il n’a pas appelé pour s’excuser.
Il n’a pas demandé comment j’avais vécu les mois qui avaient suivi notre séparation, ni comment j’avais survécu aux articles insinuant que j’étais trop fragile pour rester à la direction de l’entreprise que nous avions construite ensemble.
Il a appelé alors que je tenais notre fils nouveau-né contre ma poitrine.
La maternité était presque silencieuse.
Une pluie d’orage frappait les vitres de ma chambre à Lyon et les lumières de la ville se dissolvaient derrière l’eau.
Mon fils, Noé, dormait depuis moins de dix minutes.
Sa tête tenait presque entièrement dans ma paume.
Quand mon téléphone a vibré, j’ai voulu l’ignorer.
Puis j’ai lu le nom.
Marc Delcourt.
Pendant douze ans, ce nom avait été attaché au mien sur des invitations, des contrats, des plaques d’inauguration et des couvertures de magazines économiques.
Après notre divorce, il était devenu le nom que mon avocat me conseillait de ne jamais prononcer devant un journaliste.
J’ai décroché.
« Élise », a dit Marc.
« Je voulais que tu l’apprennes par moi. »
Sa voix était presque joyeuse.
Derrière lui, j’entendais un quatuor à cordes, des conversations et le bruit clair des verres que l’on entrechoque.
« Apprendre quoi ? »
« Inès et moi annonçons nos fiançailles ce soir. »
Je n’ai rien dit.
Inès Vautrin avait été directrice de la communication de Delcourt Mobilités.
Avant cela, elle avait été une jeune consultante que j’avais moi-même recrutée.
Je lui avais appris les codes de nos réunions avec les investisseurs.
Je lui avais confié mes doutes lorsque Marc avait commencé à dormir régulièrement dans son bureau.
Elle m’avait assuré que je me faisais du mal inutilement.
Six mois plus tard, je les avais vus sortir ensemble d’un hôtel à Genève.
Marc avait nié.
Puis Inès avait nié.
Puis tous les deux avaient expliqué devant leurs avocats que notre relation n’avait commencé qu’après notre séparation.
« Félicitations », ai-je dit.
Marc a ri doucement.
« Toujours la même. »
« Pourquoi m’appeler ? »
« Inès voulait t’inviter.
Elle pense que ce serait une manière adulte de tourner la page. »
Je regardais Noé dormir.
« Je ne viendrai pas. »
« Tu n’as rien de prévu ce soir. »
Cette phrase m’a rappelé tout ce que j’avais détesté à la fin de notre mariage : sa certitude de connaître ma vie mieux que moi.
« J’ai accouché cette nuit. »
Le silence qui suivit fut si net que je crus un instant que l’appel avait été coupé.
« Pardon ? »
« J’ai eu un bébé. »
La musique semblait soudain très loin.
« De combien de semaines ? »
J’ai fermé les yeux.
Même à cet instant, Marc calculait.
« Tu devrais retourner auprès de tes invités. »
« Élise. »
Sa voix avait perdu toute légèreté.
« Est-ce que cet enfant est de moi ? »
J’ai posé ma main sur le dos minuscule de Noé.
Il y avait quelques années, j’aurais répondu immédiatement.
J’aurais voulu rassurer Marc, lui expliquer chaque détail, lui montrer les dates et lui donner accès à mes peurs.
Mais le dernier jour de notre mariage m’avait appris le prix de cette confiance.
« Tu te souviens du