père.
Cette fois, Gérard entra.
Dans le salon, les conversations reprirent avec difficulté.
Certaines personnes avaient compris qu’un événement important venait de se produire.
D’autres connaissaient Madeleine et observaient Philippe avec curiosité.
Gérard aurait préféré disparaître dans un coin.
Mais Madeleine resta près de lui.
« Vous avez travaillé longtemps dans l’automobile ? » lui demanda-t-elle.
« Presque quarante ans. »
« Vous avez votre propre garage ? »
« Plus maintenant. »
« Pourquoi avez-vous arrêté ? »
Gérard hésita.
« Ma femme était malade.
J’ai vendu mes parts pour rester avec elle. »
Madeleine ne répondit pas immédiatement.
« Je suis désolée. »
« Ça fait quelques années. »
« Certaines choses ne deviennent pas petites parce qu’elles deviennent anciennes. »
Gérard la regarda, surpris.
Elle semblait parler d’expérience.
À quelques mètres, Philippe observait la conversation avec une inquiétude croissante.
Il s’approcha finalement.
« Madeleine, nous pourrions discuter quelques minutes dans mon bureau.
Il y a justement des éléments du dossier que je souhaitais… »
« Lundi », répondit-elle.
« Bien sûr.
Je voulais seulement éviter que cette petite scène influence… »
Elle leva les yeux vers lui.
« Quelle petite scène ? »
Philippe se tut.
« Celle où votre invité aide une femme en panne et se fait chasser pour avoir sali son pantalon ? »
« Vous simplifiez. »
« Les situations importantes deviennent souvent très simples lorsqu’on retire les décorations. »
La mâchoire de Philippe se contracta.
Pour la première fois, Gérard aperçut derrière son assurance un homme inquiet.
Élodie s’approcha de son père.
« Tu veux partir ? »
« Et toi ? »
Elle regarda Marc, qui parlait à voix basse avec sa mère.
« Pas encore. »
Il y avait dans ces deux mots une détermination nouvelle.
Hélène, pendant ce temps, avait posé le cadeau de Gérard sur une petite table.
Elle finit par retirer le papier froissé.
La boîte en bois apparut.
Son visage changea aussitôt.
« C’est joli », dit une invitée.
Hélène ne répondit pas.
Elle retourna la boîte.
Sous le fond se trouvait un minuscule emblème gravé : trois feuilles entourant une lettre stylisée.
Madeleine le remarqua.
Elle s’approcha brusquement.
« Puis-je voir ? »
Hélène lui donna la boîte.
Madeleine examina le symbole.
Son visage perdit toute chaleur.
« Où avez-vous acheté ceci ? » demanda-t-elle à Gérard.
Il lui donna le nom de la boutique.
« Pourquoi ? »
Madeleine regarda Philippe.
« Parce que cet emblème appartenait à l’atelier de mon grand-père. »
Philippe détourna les yeux.
Gérard sentit immédiatement qu’il manquait une pièce essentielle.
« Ce bois vient d’un meuble ancien, d’après la vendeuse », dit-il.
« Oui », répondit Madeleine.
« Et je crois savoir lequel. »
Hélène se raidit.
« Madeleine, ce n’est pas possible. »
« Pourquoi pas ? »
« Parce que ce meuble a été détruit. »
Madeleine posa lentement la boîte sur la table.
« C’est ce qu’on m’a affirmé. »
Les invités les plus proches cessèrent de parler.
Philippe lança un regard à sa femme.
« Hélène, pas ici. »
Madeleine se tourna vers Gérard.
« Pardonnez-moi.
Cette histoire n’a rien à voir avec vous. »
Mais elle avait déjà changé l’atmosphère.
Élodie demanda :
« De quel meuble parlez-vous ? »
Hélène semblait vouloir disparaître.