aurait été plus simple.
Mais Élodie l’avait appelé trois jours auparavant.
« Papa, j’aimerais vraiment que tu sois là. »
Il connaissait assez sa fille pour entendre ce qu’elle ne disait pas.
Son mariage semblait traverser une période difficile.
Depuis plusieurs mois, Élodie paraissait plus silencieuse, plus prudente lorsqu’elle parlait de Marc.
Alors Gérard avait promis d’être présent.
Dans l’après-midi, il acheta un cadeau pour Hélène : une petite boîte en bois d’olivier avec un motif géométrique discret sur le couvercle.
La vendeuse lui expliqua qu’elle venait d’un atelier spécialisé dans la restauration d’objets anciens.
« Celle-ci a été fabriquée à partir de bois récupéré sur un meuble du début du siècle dernier », dit-elle.
Gérard passa le doigt sur le grain du bois.
« Elle aime les antiquités. »
« Alors c’est parfait. »
Il paya plus qu’il ne l’avait prévu, mais repartit satisfait.
À dix-huit heures, il enfila une chemise bleu nuit, un pantalon gris et sa seule veste encore impeccable.
Il nettoya ses chaussures deux fois.
Devant le miroir de l’entrée, il se rappela Claire redressant son col avant les mariages ou les baptêmes.
« Ne te transforme jamais pour obtenir une chaise à la table des autres », disait-elle parfois.
« Assure-toi seulement de pouvoir te regarder dans une glace en rentrant. »
Il sourit au souvenir.
« Facile à dire », murmura-t-il.
Il prit la route avec presque quarante minutes d’avance.
La circulation était fluide.
Le ciel gris semblait hésiter entre pluie et éclaircie.
Gérard écoutait une émission de radio lorsqu’il vit la voiture arrêtée sur la bande d’arrêt d’urgence d’une route secondaire qu’il avait empruntée pour éviter un ralentissement.
Une femme se tenait près de la portière conducteur.
Soixante ans environ.
Manteau beige.
Cheveux argentés.
Un téléphone à la main.
Deux voitures passèrent sans ralentir.
Gérard passa à son tour.
Puis son regard rencontra celui de la femme dans le rétroviseur.
Il soupira.
« Bon sang. »
Deux cents mètres plus loin, il fit demi-tour.
Lorsqu’il s’arrêta derrière elle, la femme semblait méfiante.
« Vous avez appelé quelqu’un ? » demanda-t-il en descendant.
« L’assistance.
Ils annoncent cinquante minutes. »
« Que s’est-il passé ? »
« Le moteur s’est coupé.
Plus rien. »
Gérard ouvrit le capot avec sa permission.
Le problème ne fut pas difficile à localiser.
Une connexion de batterie était mal fixée et l’oxydation autour de la cosse empêchait un contact stable.
« Vous savez réparer ça ? » demanda-t-elle.
« C’est le seul domaine où je fais encore semblant de savoir ce que je fais. »
Elle sourit.
« Vous êtes mécanicien ? »
« À moitié retraité. »
Il sortit une petite trousse de son coffre.
La femme consulta sa montre.
« Vous avez l’air habillé pour une occasion. »
« Un anniversaire. »
« Vous devriez partir. »
« Et vous laisser ici ? »
« J’ai un téléphone. »
« Une batterie de téléphone ne pousse pas une voiture jusqu’à la prochaine sortie. »
Cette fois, elle rit franchement.
Le boulon qui maintenait la cosse était presque bloqué.
Gérard retira sa veste et retroussa sa manche.
Il travaillait depuis plusieurs minutes lorsqu’un outil tomba sous la voiture.
Il s’agenouilla pour le récupérer.
Son pantalon s’enfonça dans la terre humide.
« Oh non », dit la femme.