affichait 5 812 euros.
Je restai immobile devant mon ordinateur.
Je rafraîchis la page.
Même chiffre.
Je vérifiai les opérations.
Le premier virement remontait à quatre mois : 6 000 euros.
Puis 8 500.
Puis 4 000.
Puis encore 10 000.
Sept virements au total.
Quarante-huit mille euros avaient quitté notre compte.
Le bénéficiaire portait un nom que je connaissais parfaitement.
Solange Delcourt.
J’eus d’abord le réflexe d’appeler Marc.
Mon doigt était déjà sur son nom lorsque je m’arrêtai.
Quelque chose me dérangeait.
Ce n’était pas seulement l’argent.
C’était le fractionnement des virements, leur régularité et surtout le fait qu’aucun n’avait été évoqué entre nous.
Je lui envoyai donc un message volontairement vague.
Je lui demandai s’il savait pourquoi le solde du compte travaux avait autant diminué.
Sa réponse arriva moins de deux minutes plus tard.
Il m’expliqua que certaines dépenses avaient probablement été ventilées différemment par la banque et que plusieurs paiements liés aux travaux avaient dû passer par ce compte.
Il regarderait tout cela le week-end suivant.
Je relus son message trois fois.
Il mentait.
Les bénéficiaires étaient clairement identifiés.
J’appelai Nora Benali, une amie qui gérait aussi la comptabilité de mon entreprise.
Je lui demandai simplement :
— Si tu pensais que ton conjoint cachait des mouvements d’argent, qu’est-ce que tu ferais avant de lui en parler ?
Elle ne plaisanta pas.
— Je sauvegarderais tous les relevés auxquels j’ai légalement accès.
Je changerais les mots de passe de mes comptes personnels.
Et je prendrais conseil avant toute confrontation.
C’est exactement ce que je fis.
Ce soir-là, je dormis à côté de Marc en l’écoutant respirer comme si rien n’avait changé.
À 6 h 20, il se leva, m’embrassa sur le front et me demanda si ma journée serait chargée.
J’eus envie de lui demander comment il pouvait jouer aussi parfaitement le rôle du mari ordinaire alors que quarante-huit mille euros avaient disparu.
Je ne dis rien.
La vérité vint par morceaux.
Solange avait accumulé des dettes après la fermeture de la petite boutique qu’elle avait tenue pendant des années.
Une partie provenait d’emprunts, une autre de dépenses personnelles qu’elle refusait de réduire.
Elle continuait pourtant à organiser des déjeuners coûteux, à voyager et à entretenir l’image d’une femme qui n’avait jamais eu de problème d’argent.
Marc l’aidait depuis des mois.
Ce qui aurait pu être une décision généreuse était devenu une trahison dès l’instant où il avait choisi de le faire avec nos économies communes sans m’en parler.
Mais il y avait davantage.
En parcourant les courriels financiers que Marc avait lui-même enregistrés dans notre dossier partagé, je tombai sur un échange avec un conseiller bancaire.
Marc préparait un refinancement de notre maison.
J’ignorais tout du projet.
Dans un message, il précisait que sa femme signerait les documents après le week-end, dès qu’il aurait eu le temps de lui présenter le dossier.
Je me souvenais alors d’une conversation survenue une semaine plus tôt.
Il m’avait dit qu’un conseiller voulait mettre à jour certains documents liés à l’assurance de notre prêt et qu’il y aurait probablement quelques signatures électroniques à valider.
J’avais répondu distraitement :
— Envoie-moi tout et je regarderai.
Il comptait manifestement sur cette distraction.
Je transmis les documents à une avocate recommandée par Nora.
Elle me conseilla de ne rien signer et de séparer