à l’une de ces phrases mystérieuses qu’Adrien lançait parfois lorsqu’il préparait une surprise.
Après sa mort, elle y pensa chaque nuit.
La petite maison du marais était dans un état lamentable.
L’humidité avait taché les murs.
Une vitre de la véranda était fendue.
Des feuilles s’accumulaient dans l’entrée et une odeur de bois mouillé flottait partout.
Le chauffeur déposa les valises, marmonna des condoléances et repartit.
Madeleine resta seule devant la porte.
Le silence était immense.
Elle entra.
Dans la chambre, un vieux lit métallique occupait un coin.
La cuisine contenait un réchaud, trois assiettes dépareillées et un robinet qui ne donnait qu’un filet brunâtre avant de tousser dans le vide.
Madeleine s’assit sur sa valise.
Pour la première fois depuis le décès, la tristesse fit place à la colère.
« Tu savais qu’elle me détestait ? » demanda-t-elle à voix haute.
Elle imaginait Adrien répondre qu’il aurait réglé le problème.
Il disait toujours cela.
Je vais m’en occuper, maman.
Il réglait les factures, les contrats, les disputes professionnelles.
Il croyait probablement que tout pouvait attendre la semaine suivante.
Mais il n’y avait plus de semaine suivante.
La nuit tomba tôt.
Le vent poussa les branches contre le toit.
Madeleine dormit habillée sous deux couvertures.
Au matin, elle se réveilla avec une décision simple : si Claire espérait la réduire à une vieille femme abandonnée au milieu de nulle part, elle ne lui offrirait pas ce spectacle.
Elle trouva un balai, un seau et quelques chiffons.
Elle nettoya.
Pendant trois heures, elle balaya les feuilles, jeta des cartons pourris, ouvrit les fenêtres et frotta les surfaces couvertes de poussière.
Dans la petite chambre arrière, elle découvrit un meuble fixé au mur.
Il ressemblait davantage à une boîte qu’à une étagère.
Le bois portait une étoile maladroitement gravée.
Madeleine posa la main dessus.
Elle reconnut immédiatement le travail.
Adrien avait fabriqué cette boîte avec son père lorsqu’il avait quinze ans.
Son mari était mort l’année suivante.
Elle croyait le petit meuble perdu depuis longtemps.
Pourquoi Adrien l’avait-il transporté ici ?
Elle sortit la clé en laiton.
La tête de la clé formait une petite étoile.
Son cœur accéléra.
Elle chercha une serrure sur le meuble.
Rien.
Elle le contourna, passa les doigts dessous, examina même les vis.
Toujours rien.
Elle recula avec frustration.
Son talon appuya sur une latte assombrie.
Le bois craqua.
Madeleine tomba sur un genou.
« Bon sang ! »
Elle allait se relever lorsqu’elle aperçut un reflet sous la planche brisée.
Du métal.
Elle écarta les morceaux.
Entre deux solives reposait une boîte noire enveloppée de toile cirée.
La serrure avait la forme d’une étoile.
Cette fois, Madeleine ne sentit plus le froid de la pièce.
Elle inséra la clé.
Elle tourna.
Le verrou s’ouvrit.
À l’intérieur se trouvaient une enveloppe à son nom, une clé USB argentée et une photographie de Claire sortant d’une étude notariale.
Au dos, Adrien avait inscrit une date : trois semaines avant sa mort.
Puis une phrase.
« Maman, si tu lis ceci, ne crois pas ce qu’on t’a dit sur mon testament. »
Madeleine s’assit directement sur le plancher.
Ses jambes ne la portaient plus.
Elle ouvrit l’enveloppe.
La lettre faisait quatre pages.
Adrien y expliquait que, depuis plusieurs mois, il soupçonnait des détournements dans plusieurs sociétés familiales.
Des virements