haut-parleur.
Bessières a décroché à la troisième sonnerie.
« Paul ? »
« Laurent, désolé de t’appeler ce soir.
Je suis au Verlaine.
J’ai besoin de joindre rapidement le propriétaire du bâtiment. »
Un silence.
« Pourquoi ? »
« Un problème avec l’exploitante.
Ma fille, Élodie. »
Nouveau silence.
« Paul, tu es avec elle en ce moment ? »
Mon père m’a regardée.
« Oui. »
« Alors tu devrais peut-être lui demander directement. »
Le visage de mon père a changé.
« Demander quoi ? »
« Comment joindre la propriétaire. »
« Je ne comprends pas. »
Bessières a hésité.
« La société des murs est Maison Rive Gauche SAS.
Élodie en détient la majorité depuis l’an dernier, sauf changement récent. »
J’ai posé ma main sur l’enveloppe.
« Il y a eu un changement à seize heures quarante-deux », ai-je dit.
« J’ai finalisé le rachat des parts restantes. »
Personne n’a parlé.
Bessières, comprenant probablement la situation, a mis fin à l’appel avec une formule rapide.
Mon père gardait le téléphone dans sa main.
Son visage était devenu gris.
« Tu possèdes tout l’immeuble ? »
« La société qui le possède, oui. »
« Depuis quand ? »
« Suffisamment longtemps. »
Il a repoussé son siège.
« Donc tu nous as piégés. »
Cette accusation m’a presque fait rire.
« Vous êtes venus sans prévenir.
Vous m’avez demandé de l’argent.
Tu m’as menacée.
Où est le piège ? »
« Tu aurais pu dire que tu étais propriétaire. »
« Tu aurais pu demander comment j’allais. »
Le silence qui a suivi a été différent.
Ma mère a baissé la tête.
Pour la première fois de la soirée, quelque chose ressemblant à de la honte est apparu sur son visage.
Puis Antoine est descendu de l’escalier.
Il semblait contrarié.
« Qu’est-ce qui se passe ? Solène m’a envoyé trois messages. »
Mon père s’est retourné.
« Ta sœur refuse de nous aider pour la maison. »
Antoine a regardé Solène.
Puis moi.
« Quelle maison ? »
Je me suis figée.
Solène est devenue blanche.
« Antoine… »
« Quelle maison ? » a-t-il répété.
Mon père a serré les dents.
« Ne commence pas. »
Antoine s’est approché.
« Papa, de quoi tu parles ? »
J’ai regardé ma mère.
Elle avait les yeux fermés.
Et j’ai compris que le problème était plus profond.
« Ils m’ont demandé cinquante-cinq mille euros », ai-je dit.
« Pour compléter votre apport sur une maison à Caudéran. »
Antoine a fixé son père.
« Je n’achète aucune maison à Caudéran. »
Solène s’est levée brusquement.
« Je t’expliquerai. »
« Explique maintenant. »
Mon père a frappé la table du plat de la main, suffisamment fort pour faire vibrer les verres.
Quelques clients se sont retournés.
Je me suis immédiatement redressée.
« Pas dans mon restaurant. »
Il m’a ignorée.
« Antoine, ta mère et moi essayons simplement d’éviter une catastrophe. »
« Quelle catastrophe ? »
Ma mère a commencé à pleurer silencieusement.
Mon père a respiré profondément.
« J’ai fait un investissement. »
Antoine a ri sans humour.
« Bien sûr. »
« Ce n’était pas censé tourner comme ça. »
Il s’agissait d’un projet immobilier dans une commune voisine.
Un ancien