Deux jours après avoir enterré son fils unique, Madeleine Roussel se retrouva sur le perron de la maison où elle avait vécu dix-sept ans, avec deux valises et aucune clé.
Claire, sa belle-fille, se tenait derrière la porte entrouverte.
Elle n’avait pas élevé la voix.
C’était peut-être ce qui rendait la scène plus cruelle.
« Adrien m’a laissé la propriété », dit-elle.
« Vous devez partir aujourd’hui. »
Madeleine regarda la façade de pierre blonde, les volets gris, les rosiers qu’elle taillait chaque printemps.
La maison était estimée à près de quatre millions, mais ce chiffre n’avait jamais rien signifié pour elle.
Pour Madeleine, c’était l’endroit où Adrien riait trop fort au téléphone.
Où il descendait l’escalier deux marches à la fois.
Où il avait organisé son cinquantième anniversaire avant de se rappeler qu’elle n’en avait que soixante-sept.
À présent, son fils était sous terre et quelqu’un lui expliquait que ces souvenirs avaient un propriétaire.
« Je voudrais prendre la montre de son père », dit-elle.
« Elle est dans le tiroir de son bureau. »
Le regard de Claire se durcit.
« Rien ne sort d’ici. »
Madeleine crut avoir mal entendu.
« Cette montre appartenait à mon mari. »
« Et ensuite à Adrien.
Tout ce qui appartenait à Adrien est désormais à moi. »
Claire poussa une des valises du bout de sa chaussure.
« Un taxi arrive.
J’ai fait préparer la maison du marais.
Vous pourrez y rester quelque temps. »
La maison du marais.
Madeleine n’y avait pas mis les pieds depuis presque dix ans.
C’était une ancienne habitation de gardien située sur une parcelle boisée à une cinquantaine de kilomètres de Bordeaux.
Adrien avait autrefois parlé de la restaurer pour en faire un refuge de week-end, mais son travail avait toujours repoussé le projet.
« Il n’y a même plus de chauffage correct », murmura Madeleine.
Claire haussa légèrement les épaules.
« Vous trouverez une solution.
Vous en avez toujours trouvé. »
Puis, après une seconde :
« Là-bas, au moins, vous ne gênerez personne. »
Madeleine ne répondit pas.
Elle aperçut dans le vestibule la console en noyer sur laquelle Adrien déposait ses clés.
Au-dessus, il y avait encore une photographie prise trois étés plus tôt.
Son fils se tenait entre elle et Claire, un bras autour de chacune.
Il souriait.
Madeleine se demanda soudain combien de choses il avait ignorées alors qu’elles se produisaient sous son propre toit.
Le taxi arriva quelques minutes plus tard.
Pendant le trajet, Madeleine garda la main dans la poche de son manteau.
Ses doigts entouraient une petite clé en laiton.
Adrien la lui avait donnée six mois auparavant.
Ils déjeunaient dans un café discret, loin de la maison.
Il avait semblé fatigué ce jour-là, plus qu’elle ne voulait se l’avouer.
Il avait posé la clé dans sa paume.
« Garde ça pour moi. »
Elle avait souri.
« Tu caches un trésor ? »
Il n’avait pas souri en retour.
« Ne la laisse pas à la maison. »
Son téléphone avait sonné presque aussitôt.
Une urgence au bureau.
Il était parti avant le dessert.
Plus tard, lorsque Madeleine lui avait demandé ce que la clé ouvrait, il avait répondu seulement :
« Si un jour tu en as besoin, tu comprendras. »
Elle avait cru