répondit-elle.
Ana sembla inquiète.
Puis Camille sourit.
« Mais pour la première fois depuis longtemps, ce n’est pas bizarre dans le mauvais sens. »
Elle s’approcha du couffin et souleva doucement Rose.
Le bébé ouvrit les yeux quelques secondes avant de refermer ses doigts autour de l’index de sa mère.
Camille regarda la petite clé posée sur la table près d’elles.
Cette maison n’avait pas été achetée pour prouver quelque chose.
Elle n’avait pas besoin d’impressionner des investisseurs, une belle-famille ou un mari obsédé par ce qu’elle représentait.
Elle devait seulement être un endroit sûr.
Quelques mois plus tard, lorsque Rose commença à rire en reconnaissant la voix de sa mère, Camille repensa parfois à cette nuit de pluie.
Elle avait cru qu’être enfermée dehors signifiait perdre son foyer.
En réalité, cette porte fermée lui avait montré quelque chose qu’elle avait refusé de voir pendant trop longtemps : une maison peut vous appartenir légalement sans être encore un endroit où vous vous sentez chez vous.
Le soir du premier anniversaire de Rose, Camille l’emmena sur la véranda après que les invités furent partis.
Le jardin sentait le jasmin.
Une guirlande de petites lumières restait allumée au-dessus d’elles.
Rose posa sa tête contre son épaule.
Camille regarda la porte derrière elle.
Il n’y avait ni gardien, ni portail monumental, ni clavier sophistiqué.
Seulement une serrure ordinaire et une clé dans sa poche.
Cette fois, personne n’avait besoin de lui rappeler à qui appartenait la maison.
Et surtout, personne ne pouvait lui faire croire qu’elle devait sacrifier sa dignité pour avoir le droit d’y entrer.