la signature effectuée en son nom à Boston.
Dans les semaines suivantes, le projet Belmar s’effondra.
L’avocat de Julien tenta d’abord de présenter l’affaire comme un conflit matrimonial aggravé par le stress de la naissance.
Élise répondit avec une chronologie, des documents, des courriels et la déclaration officielle concernant la fausse autorisation.
Cette stratégie disparut rapidement.
Camille demanda le divorce.
Elle ne chercha pas à ruiner Julien.
Elle ne réclama aucun spectacle public.
Elle voulait seulement une séparation nette, la protection juridique de Rose et la reconnaissance de la propriété de chacun selon le contrat qu’ils avaient signé.
Julien finit par accepter.
Un soir, plusieurs semaines plus tard, il demanda à la voir dans un café calme du centre-ville.
Camille hésita avant d’accepter.
Il avait l’air différent.
Pas brisé, pas transformé miraculeusement.
Simplement plus petit sans la maison, les réceptions, les grands projets et le décor qu’il utilisait pour se donner de l’importance.
« Je n’avais pas prévu que ça aille aussi loin », dit-il.
Camille remua lentement son thé.
« À quel moment ? Quand tu as utilisé ma signature ? Quand tu as menti à Valen ? Ou quand tu m’as laissée sous la pluie avec Rose ? »
Julien baissa les yeux.
« Je pensais pouvoir arranger les choses après. »
« Tu pensais que je céderais. »
Il ne nia pas.
« J’avais besoin que Belmar fonctionne. »
« Pourquoi ? »
Il resta silencieux longtemps.
« Parce que j’en avais assez d’être ton mari. »
Camille fronça légèrement les sourcils.
« Je veux dire… partout où nous allions, les gens savaient ce que tu avais construit.
La maison était à toi.
Les investissements étaient à toi.
Même quand personne ne le disait, je le sentais. »
« Alors tu as décidé de prendre quelque chose qui était à moi pour prouver que tu étais indépendant ? »
Julien eut un sourire amer.
« Dit comme ça, c’est pathétique. »
« Parce que ça l’était. »
Il hocha lentement la tête.
Camille ne ressentit aucune satisfaction à le voir admettre la vérité.
Seulement de la fatigue.
« Tu aurais pu construire quelque chose », dit-elle.
« J’aurais même pu t’aider si tu me l’avais demandé honnêtement.
Mais tu ne voulais pas mon aide.
Tu voulais pouvoir prétendre que ce que j’avais construit t’appartenait déjà. »
Julien regarda par la fenêtre.
« Est-ce que tu me pardonneras un jour ? »
Camille pensa à Rose sous la couverture, au clavier rouge, à la pluie, au rire entendu depuis Nassau.
« Peut-être », répondit-elle.
« Mais pardonner n’est pas revenir. »
Elle se leva.
La vente de la maison fut finalisée le mois suivant.
Camille ne regretta pas la décision.
Elle acheta une maison plus petite près d’un parc, avec une véranda blanche et une chambre à l’étage dont les fenêtres donnaient sur des magnolias.
Le premier soir, Ana l’aida à ouvrir les cartons pendant que Rose dormait dans un couffin au milieu du salon.
« Ça te fait bizarre ? » demanda sa sœur.
Camille regarda autour d’elle.
Il n’y avait pas de grand escalier, pas de portail imposant, pas de salle à manger conçue pour impressionner vingt invités.
Seulement des cartons, une lampe posée par terre et le souffle régulier de son bébé.
« Oui »,