Les agents ont demandé l’heure approximative à laquelle Marc avait pris mon sac.
Les images ont été consultées.
À 9 h 18, on voyait clairement Marc s’asseoir à côté de mon sac pendant que j’accompagnais Nathan aux toilettes.
Il jetait un regard autour de lui, ouvrait la fermeture, retirait mon portefeuille et la batterie externe, puis refermait le sac.
À 9 h 25, je lui remettais moi-même la pochette des passeports.
À 9 h 31, il marchait seul vers une autre porte d’embarquement.
Il avait organisé cela.
Ce détail changeait tout.
La police m’a aidée à contacter le consulat de France.
La compagnie aérienne a confirmé l’identité de Marc, son siège et son itinéraire.
Mais je savais que le véritable danger se trouvait déjà en France.
J’ai demandé à utiliser un téléphone.
Mon premier appel a été pour Maître François Delmas.
Il avait travaillé avec ma tante Éléonore pendant presque trente ans.
Après son décès, c’était lui qui avait réglé la succession.
Il a décroché avec une voix étonnée.
« Claire ? Je ne reconnais pas le numéro. »
« Je suis à Prague.
Marc vient de partir avec nos passeports. »
Silence.
Je lui ai raconté le reste.
Quand j’ai mentionné la maison, il a cessé de m’interrompre.
« Il a dit que tout serait terminé avant mon retour », ai-je conclu.
« Je ne sais pas ce qu’il prépare. »
Maître Delmas a demandé : « Votre frère possède-t-il une clé de la maison ? »
« Oui.
Ma mère lui avait donné un double autrefois. »
« Et pense-t-il que les originaux du dossier de succession sont ceux qu’il vous a pris ? »
« Probablement. »
J’ai entendu un souffle presque amusé.
« Éléonore le connaissait mieux qu’il ne l’imaginait. »
Puis il m’a expliqué quelque chose que je n’avais jamais su.
Trois mois avant sa mort, ma tante avait déposé auprès de lui un dossier supplémentaire contenant des copies authentifiées de tous les documents relatifs à la maison, plusieurs spécimens de ma signature et une instruction expresse : aucune vente, procuration ou promesse concernant ce bien ne devait être considérée comme valable sans vérification directe de ma volonté auprès de l’étude.
« Pourquoi aurait-elle fait ça ? » ai-je demandé.
Delmas a hésité.
« Elle craignait qu’un jour quelqu’un exerce une pression sur vous. »
« Marc ? »
« Elle n’a pas donné de nom. »
Mais son silence en donnait un.
Il m’a ensuite annoncé une deuxième nouvelle.
La semaine précédente, son étude avait reçu une copie d’une procuration prétendant porter ma signature.
Le document autorisait Marc à négocier la vente de la propriété en mon nom.
« C’est faux. »
« Je le sais.
La signature m’a immédiatement paru suspecte.
J’ai bloqué toute démarche et demandé des vérifications.
Je comptais vous appeler aujourd’hui. »
La colère a remplacé la peur.
Marc ne s’était pas contenté de vouloir profiter de mon absence.
Il préparait déjà une fraude.
« Que peut-on faire ? »
« D’abord, vous déposez votre plainte.
Ensuite, vous rentrez dès que les autorités vous le permettent.
Et surtout, ne prévenez personne dans votre famille que vous avez compris. »
« Pourquoi ? »
« Parce que votre frère croit encore qu’il a du temps. »
Grâce au signalement de vol