Ils m’ont humiliée au dîner — puis les enquêteurs ont prononcé mon nom

Claire parcourut plusieurs copies de courriels internes.

L’un d’eux datait de deux ans auparavant.

Il évoquait la nécessité de conserver certains droits liés à son ancien profil de validation.

Un autre demandait que plusieurs paiements soient regroupés sous des codes historiquement associés à son service.

Puis Claire vit une note manuscrite.

Elle reconnut immédiatement l’écriture.

Béatrice.

« Elle savait », murmura Claire.

Hélène prit une seconde avant de répondre.

« Je pense qu’elle a fait plus que savoir. »

Le téléphone de Claire vibra.

Julien venait d’envoyer un message : Ne parle surtout pas à Hélène.

Elle te ment.

Claire montra l’écran à l’ancienne directrice financière.

Hélène pâlit.

« Comment sait-il que je suis ici ? »

Claire regarda autour d’elle.

La rue semblait vide.

Puis elle se souvint du reçu du restaurant, glissé machinalement dans son sac.

Elle le sortit.

Hélène jeta un coup d’œil au numéro imprimé au bas du ticket et se figea.

« Où avez-vous eu ça ? »

« C’est le reçu du dîner. »

« Vous avez payé personnellement ? »

« Oui.

Julien a insisté. »

Hélène prit le reçu entre deux doigts.

« Cette réservation a été faite sur un compte professionnel lié à Altis Stratégies. »

Claire sentit son ventre se nouer.

Altis était l’une des trois sociétés suspectes.

« Pourquoi un dîner familial serait-il réservé par Altis ? »

« Il n’aurait aucune raison de l’être.

Sauf si quelqu’un voulait créer un lien entre vous, votre carte personnelle et cette société. »

Les événements de la soirée prirent soudain une forme différente.

Le dîner extravagant.

Le refus de Julien de payer.

La pression publique.

Le divorce annoncé après la transaction.

Ils ne voulaient peut-être pas seulement l’humilier.

Ils voulaient fabriquer une trace.

Le lendemain matin, Claire se présenta volontairement avec son avocate dans les locaux de la brigade financière.

Elle fut reçue comme témoin, pas comme suspecte.

Les enquêteurs lui montrèrent plusieurs documents.

Certains utilisaient effectivement son ancienne identité numérique.

Mais les journaux informatiques racontaient autre chose.

Les connexions avaient été effectuées depuis des appareils situés au siège du groupe, parfois à des heures où Claire pouvait prouver qu’elle se trouvait ailleurs.

Une validation datée d’un vendredi soir avait été réalisée pendant qu’elle assistait au mariage de sa cousine à Nantes.

Des photographies, des billets de train et des relevés de paiement confirmaient sa présence à plus de six cents kilomètres.

Une autre opération avait utilisé son profil pendant qu’elle était hospitalisée pour une intervention chirurgicale.

Les indices s’accumulaient.

Mais l’enquêteur principal, le commandant Morel, posa bientôt une question inattendue.

« Madame Delmas, qui avait la capacité de demander la réactivation de vos anciens droits ? »

Claire regarda son avocate.

« La direction financière, probablement.

Ou un administrateur informatique avec une autorisation de la direction générale. »

Morel fit glisser une copie de formulaire vers elle.

« Cette demande a été faite il y a vingt-six mois. »

Claire regarda le nom.

Troy Marceau.

Le cousin de Julien.

Officiellement, Troy dirigeait une filiale secondaire chargée des achats et des prestataires externes.

Pendant des années, Claire l’avait considéré comme un homme bruyant mais sans réel pouvoir.

Elle se trompait.

L’enquête révélait que deux des sociétés de conseil avaient été créées par des hommes liés à Troy.

La troisième appartenait à

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