Ils m’ont humiliée au dîner — puis les enquêteurs ont prononcé mon nom

Solène.

Le sourire de sa belle-sœur avait disparu.

C’était presque drôle.

Ils avaient préparé son humiliation, mais pas sa capacité à l’absorber sans leur offrir le spectacle attendu.

Le serveur s’éloigna.

Julien posa alors sa serviette sur la table.

« Bien.

Maintenant qu’on en a terminé avec ça, il y a autre chose. »

Claire sentit le silence changer autour d’elle.

Cette fois, même les cousins cessèrent de regarder leurs téléphones.

Julien la fixa.

« Je veux divorcer. »

Les mots furent simples, presque administratifs.

Mais Claire sentit leur poids traverser sept années de mariage.

Elle pensa à leur premier appartement, au café trop serré qu’il lui préparait chaque matin.

À l’accident de son père, lorsque Julien avait conduit quatre heures en pleine nuit pour la rejoindre à l’hôpital.

Aux vacances en Bretagne, avant que l’entreprise familiale ne devienne le centre de chaque conversation.

Elle pensa aussi aux trois dernières années.

Aux repas où il répondait à ses messages sous la table.

Aux mots de passe changés.

Aux déplacements professionnels prolongés sans explication.

Aux conversations qui s’arrêtaient lorsqu’elle entrait dans une pièce.

Le divorce lui faisait mal.

Mais pas autant qu’il l’aurait imaginé.

Parce que depuis trois semaines, Claire avait peur de quelque chose de bien plus grave que la fin de son mariage.

« Mes avocats te contacteront demain », poursuivit Julien.

« Je veux que tu quittes la maison avant la fin de la semaine.

Et ne commence pas à t’imaginer que tu peux réclamer une partie du groupe. »

Claire releva légèrement le menton.

« Je ne t’ai encore rien demandé. »

« Je préfère être clair. »

Béatrice intervint.

« C’est mieux ainsi.

Pour tout le monde.

Il y a eu trop de malentendus. »

Puis elle ajouta, en regardant Claire droit dans les yeux :

« Tu n’as jamais vraiment été une Marceau. »

Une douleur nette traversa Claire.

Mais elle ne répondit pas.

Elle pensa au dossier qu’elle avait trouvé trois semaines plus tôt.

Cela s’était produit un mardi matin.

Claire cherchait dans l’ancien bureau qu’elle utilisait autrefois au siège du groupe une copie de contrat concernant une propriété détenue avec Julien.

La pièce n’était presque plus utilisée depuis qu’elle avait quitté ses fonctions de directrice du contrôle interne trois ans auparavant.

Derrière une pile de classeurs, elle avait trouvé une chemise grise sans étiquette.

À l’intérieur : des factures de consultants, des tableaux de virements et des autorisations numériques.

Au premier regard, rien d’extraordinaire.

Au second, Claire avait senti son cœur accélérer.

Trois sociétés revenaient sans cesse : Lumen Conseil, Altis Stratégies et Rhône Expertise.

Elles avaient facturé près de deux millions d’euros en moins de deux ans.

Claire ne connaissait aucune d’elles.

Plus inquiétant encore, plusieurs paiements portaient son ancien code de validation interne.

Et certaines pages comportaient sa signature.

Ou plutôt une imitation presque parfaite.

Elle avait photographié chaque document.

Puis elle avait tout remis à sa place.

Le soir même, elle avait contacté Maître Sophie Vernet, avocate spécialisée en droit des affaires, qui lui avait conseillé de ne confronter personne.

Deux jours plus tard, Sophie lui avait donné un autre nom : Hélène Roussel.

Ancienne directrice financière du groupe Marceau.

Hélène avait quitté l’entreprise brutalement trois ans plus tôt.

Julien affirmait depuis toujours qu’elle avait commis des erreurs comptables graves.

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