la clinique de Lyon pour l’intervention de sa mère.
Depuis six mois, Élise économisait chaque billet.
Elle avait vendu sa voiture.
Renoncé à son appartement pour louer une petite chambre près de République.
Elle n’en avait parlé à personne.
Victor ignorait jusqu’au prénom de sa mère.
« Trois heures », répéta-t-il.
« Vous portez une robe, vous restez près de moi, vous souriez quand c’est nécessaire.
Vous connaissez suffisamment ma routine pour répondre aux questions ordinaires. »
Élise leva les yeux.
« Une condition. »
« Laquelle ? »
« Je ne serai pas votre décoration.
Si votre invité me pose une question, je répondrai comme je veux.
Et vous ne me corrigerez pas devant lui. »
Victor plissa les yeux.
« Vous négociez avec moi ? »
« Vous m’avez demandé de jouer votre épouse.
Je suppose qu’elle aurait le droit de négocier. »
Pendant plusieurs secondes, il ne dit rien.
Puis le coin de sa bouche bougea.
« D’accord. »
La robe attendait déjà dans la chambre d’amis.
Élise ne demanda pas comment Victor avait pu faire livrer une tenue à sa taille aussi rapidement.
Elle savait que son assistant conservait les mensurations de tout le personnel pour les uniformes et les tenues d’événements.
La robe était vert sombre, longue jusqu’aux chevilles, sobre mais parfaitement coupée.
Devant le miroir, Élise détacha ses cheveux.
La femme qui lui rendit son regard semblait différente.
Pendant trois ans, elle s’était habillée pour disparaître : chignon bas, robe noire, maquillage presque absent, chaussures silencieuses.
Ce soir, ses cheveux tombaient sur ses épaules, ses yeux paraissaient plus clairs et la soie verte transformait sa posture.
Elle se sentit ridicule pendant cinq secondes.
Puis elle pensa à sa mère dans une chambre blanche, essayant de plaisanter sur sa fatigue.
Élise redressa les épaules.
Quand elle descendit, Victor attachait ses boutons de manchette dans le salon.
Il leva les yeux.
Et s’arrêta.
Élise le remarqua immédiatement.
Ce n’était pas de l’admiration franche.
Victor ne laissait jamais une émotion aussi simple apparaître sur son visage.
C’était de la surprise.
« Quelque chose ne va pas ? » demanda-t-elle.
« Non. »
« Vous me fixez. »
« J’évalue la crédibilité du mensonge. »
« Et ? »
Victor prit un petit écrin posé sur le bar.
« Il est crédible. »
Il ouvrit l’écrin.
À l’intérieur se trouvait une alliance en or pâle, ancienne, plus large que les modèles modernes.
Une minuscule pierre sombre était sertie à l’intérieur de l’anneau.
« Elle appartenait à ma mère », dit Victor.
Cette phrase surprit Élise.
Elle savait peu de choses de la famille Delcourt.
Le père de Victor, Étienne, était mort lorsque Victor avait dix-neuf ans.
Sa mère, selon ce qu’elle avait compris, était morte bien avant.
Victor sortit l’alliance.
« Votre main. »
Élise la lui tendit.
Il glissa l’anneau à son doigt.
Il était légèrement trop grand.
Son pouce resta contre sa peau.
Un instant trop long.
Le regard d’Élise croisa le sien.
Quelque chose d’étrange passa entre eux, un silence différent de tous ceux qu’ils avaient partagés dans cette maison.
Puis la sonnette retentit.
Victor retira sa main.
« Ils sont en avance. »
Antoine Vernier entra avec son épouse Claire à vingt heures vingt-deux.
Il était plus âgé que Victor, large d’épaules, les cheveux