Grant Meridian accumulait discrètement des positions financières qui lui rapporteraient une fortune si le cours de Blackwood s’effondrait.
Élise sentit un frisson parcourir son dos.
Elle se rappela quelque chose.
À dix-neuf heures, pendant qu’elle préparait un biberon dans la cuisine des Grant, Marcus avait reçu Claire Voss dans son bureau.
Élise l’avait aperçue dans le couloir.
À l’époque, elle n’avait pas reconnu la directrice financière.
Maintenant, tout s’emboîtait.
« Ils se sont rencontrés ce soir », dit-elle.
Alexander la fixa.
« Vous en êtes certaine ? »
« Absolument. »
Owen demanda immédiatement à une équipe américaine de préserver toutes les images des caméras extérieures de la résidence Grant et de prévenir les autorités compétentes.
Mais Élise n’avait pas terminé.
Elle se souvenait du bébé.
De sa fièvre.
Et d’un détail qui l’avait dérangée sans qu’elle comprenne pourquoi.
Marcus avait insisté pour qu’elle reste plus longtemps que prévu.
Il lui avait même offert une prime inhabituelle si elle ne quittait pas la maison avant vingt-deux heures.
« Il voulait savoir exactement quand je partirais », murmura-t-elle.
Alexander comprit en même temps qu’elle.
Si Marcus connaissait son trajet vers l’aéroport et son vol habituel vers Boston, il pouvait prévoir où Élise passerait.
« Vous n’avez peut-être pas pris la mallette par hasard », dit Alexander.
Les images suivantes le confirmèrent partiellement.
L’homme au manteau gris avait déplacé la mallette au moment précis où Élise approchait.
Après l’avoir heurtée, il avait placé l’objet contre sa valise.
Mais leur plan semblait avoir déraillé.
Ils pensaient probablement qu’Élise déposerait la mallette près d’un point de contrôle ou qu’un complice la récupérerait avant son embarquement commercial.
À cause de la confusion entre les portes, elle était montée directement dans le jet qu’ils cherchaient eux-mêmes à compromettre.
Leur intermédiaire involontaire était devenue leur pire erreur.
Alexander changea le plan de vol.
Le jet n’atterrirait pas au terminal prévu à Paris mais sur un autre aéroport où une équipe juridique et des représentants des autorités pourraient les rencontrer discrètement.
Pendant ce temps, ses avocats américains contactèrent les enquêteurs.
Ils ne firent aucune arrestation spectaculaire immédiate.
Alexander le savait : une accusation financière complexe exigeait davantage qu’une mallette et quelques images.
Alors ils laissèrent Claire croire que son opération fonctionnait.
À Paris, Alexander participa même à la réunion d’affaires prévue afin de ne pas éveiller les soupçons.
Élise, elle, aurait pu repartir dès le premier vol disponible.
Mais avant son départ, Owen lui demanda de donner une déclaration détaillée aux enquêteurs.
Elle accepta.
Trois heures plus tard, un technicien lui montra une photographie de l’intérieur de la mallette.
Sous les composants électroniques se trouvait une enveloppe contenant plusieurs feuilles imprimées et une clé de stockage.
Les documents portaient de fausses autorisations au nom d’Alexander.
La clé contenait également une copie d’une conversation entre Claire et Marcus.
Ils discutaient d’une chute artificielle du cours de Blackwood International, d’achats massifs à bas prix et d’un futur démantèlement d’actifs.
Il restait cependant une question.
Pourquoi avaient-ils utilisé Élise ?
La réponse arriva depuis Boston.
Marcus Grant avait fait vérifier ses employés plusieurs mois auparavant.
Il connaissait leurs horaires, leurs habitudes de voyage et, surtout, le fait qu’Élise possédait un passeport qu’elle transportait souvent dans son sac professionnel.
Elle représentait pour lui une personne idéale : une travailleuse extérieure à son