Les enfants sont là.
Tu parles calmement ou tu repars. »
« Retire ton courriel », dit-elle immédiatement.
« Non. »
« Le financement peut être repoussé de plusieurs semaines.
Nous avons des pénalités contractuelles.
Des entreprises attendent leurs acomptes.
Tu ne peux pas provoquer ça pour une querelle de déjeuner. »
« Le cabinet juridique ne trouve aucune approbation pour ta distribution. »
Elle se figea.
Une seconde seulement.
« Les avocats ne sont pas au courant de chaque dépense opérationnelle. »
« Une distribution à des enfants n’est pas une dépense opérationnelle.
D’où venait l’argent ? »
« D’un compte de réserve. »
« Lequel ? »
« Marc, je ne suis pas venue pour subir un interrogatoire sur ton perron. »
« Pourtant tu es venue parce que tu as besoin de ma signature. »
Diane jeta un regard vers Amélie derrière moi.
« Très bien.
J’aurais pu mieux présenter les choses.
Je donnerai aussi six cents dollars à Hugo et Inès.
Personnellement, si tu préfères.
Ensuite tu confirmes ton consentement ce soir et nous mettons fin à cette absurdité. »
Amélie répondit avant moi.
« Vous pensez qu’on essaie de négocier le prix de leur dignité ? »
Diane serra les lèvres.
Je secouai la tête.
« Je veux qu’un professionnel indépendant examine les distributions, les comptes de réserve et la gouvernance récente.
Si tout est régulier, je signerai après cet examen. »
« Tu veux un audit ? »
« Oui. »
Son regard changea.
Cette fois, ce n’était plus seulement de la colère.
C’était de la peur.
« Tu n’as aucune idée de ce que tu risques de découvrir en ouvrant tout ça », dit-elle.
Elle sembla comprendre elle-même ce qu’elle venait de révéler.
Je fis un pas en avant.
« Qu’est-ce que ça veut dire ? »
« Rien. »
« Diane. »
Elle recula vers sa voiture.
« Je parlerai à l’avocat demain. »
Puis elle partit.
Quelques secondes plus tard, mon père m’envoya la photo d’une page du classeur de mon grand-père.
Il avait entouré un numéro de compte.
« C’est celui du fonds éducatif », écrivit-il.
« Vérifie si tu le vois dans les documents récents. »
Je retournai à l’ordinateur.
Dans le dossier financier que l’avocat venait de partager figurait un relevé synthétique de plusieurs comptes.
Le numéro était là.
Je l’ouvris.
Plus de 180 000 dollars avaient quitté ce fonds en trois ans.
Les libellés étaient vagues : conseil, avances, frais exceptionnels, ajustements immobiliers.
Le lendemain matin, avant même l’ouverture officielle des bureaux, le cabinet juridique proposa de convoquer une réunion extraordinaire.
Diane s’y opposa d’abord.
Puis la banque demanda elle-même une clarification formelle avant de poursuivre le financement.
Deux jours plus tard, un cabinet comptable indépendant fut mandaté avec l’accord d’une majorité des détenteurs de parts.
Ce qu’il découvrit fut moins spectaculaire qu’un vol massif, mais beaucoup plus révélateur.
Diane n’avait pas détourné 180 000 dollars pour s’acheter une maison ou une voiture.
La réalité était plus grise et, d’une certaine manière, plus triste.
Pendant plusieurs années, elle avait déplacé de l’argent entre différents comptes familiaux pour couvrir des dépassements de coûts, des honoraires de consultants et des dépenses liées à des projets qu’elle refusait de présenter comme déficitaires.
Elle avait peur de perdre son image de