personnel.
Pourquoi Camille l’avait-elle ?
J’agrandis l’image.
Sur une table basse derrière Marc se trouvaient deux verres, une bouteille, son téléphone et une chemise cartonnée bleu foncé.
Je cessai de respirer pendant une seconde.
Chez Delcourt Habitat, les dossiers internes avaient un code couleur instauré à l’époque où je supervisais encore l’administration.
Vert pour les acquisitions ordinaires.
Rouge pour les contentieux.
Gris pour les ressources humaines.
Bleu foncé pour les opérations exigeant une approbation du conseil d’administration.
Aucun dossier bleu ne devait sortir du siège sans être enregistré par le secrétariat juridique.
Camille avait voulu me montrer qu’elle couchait avec mon mari.
Elle venait peut-être de me montrer qu’il emportait aussi des documents confidentiels dans une chambre d’hôtel.
À 2 h 49, j’étais devant mon ordinateur.
Je trouvai le fil privé du conseil.
Huit administrateurs.
Certains connaissaient Marc depuis vingt ans.
Deux avaient été proposés par moi.
Un troisième, Étienne Morel, présidait le comité d’audit et avait la réputation de ne jamais plaisanter avec les procédures.
Je joignis la photo.
Je ne mentionnai ni l’adultère ni mon humiliation.
Je tapai :
« Désolée pour l’heure.
Pouvez-vous identifier le dossier bleu visible sur la table et confirmer qu’il est autorisé à se trouver hors du siège cette nuit ? Je pense que nous devons nous parler avant l’ouverture des marchés. »
Puis j’envoyai.
Le premier accusé de lecture apparut presque immédiatement.
Puis un deuxième.
Puis quatre autres.
À 2 h 51, Étienne m’appela.
Je laissai sonner.
Je n’étais pas encore prête à parler.
Son message arriva quelques secondes plus tard.
« Claire, ne contactez pas Marc.
Ne contactez personne.
Conservez le fichier original. »
Je relus sa phrase trois fois.
Il ne disait pas : je suis désolé pour votre mariage.
Il disait : conservez le fichier original.
Je regardai à nouveau la photo.
Cette fois, mon attention se fixa sur le miroir derrière Camille.
Dans son reflet, un fauteuil apparaissait près de la fenêtre.
Un manteau avait été jeté dessus.
Sous le manteau dépassait une enveloppe crème.
Sur le devant, on distinguait une écriture.
Mon prénom.
Claire.
Mon téléphone sonna de nouveau.
Étienne.
Je répondis.
« Que se passe-t-il ? »
Sa voix était basse, contrôlée.
« Depuis trois semaines, Marc demande au service juridique de préparer une réorganisation du capital. »
« Quel rapport avec moi ? »
« Il affirme que vous souhaitez céder une partie de vos droits de vote. »
Je me levai lentement.
« Je n’ai jamais dit ça. »
« Avez-vous signé récemment des autorisations, procurations ou documents de restructuration ? »
Un souvenir me revint.
Le dimanche précédent, Marc avait posé une pochette grise à côté de mon assiette pendant le dîner.
« J’ai besoin de deux signatures.
Rien d’important.
Des autorisations bancaires pour Saint-Sauveur. »
J’avais pris les feuilles.
« Je les lirai demain. »
Son visage s’était fermé.
« Claire, ce sont des formulaires standards. »
« Alors ils seront toujours standards demain. »
Il avait retiré la pochette brusquement.
« Tu transformes tout en interrogatoire. »
Cette réaction m’avait semblé disproportionnée.
Maintenant, elle devenait inquiétante.
« Je n’ai rien signé », dis-je à Étienne.
Un silence suivit.
« Alors nous avons un problème sérieux. »
Il m’expliqua qu’un dossier devait être présenté au conseil à six heures du matin.
Marc