ma mère. »
La phrase m’a traversée comme une confirmation.
« Bien sûr. »
Il s’est arrêté devant la porte.
« Tu deviens exactement comme Sophie. »
« J’espère bien. »
Il est parti.
Je suis restée seule dans la cuisine.
Pendant une heure, j’ai tourné en rond, trop tendue pour manger, trop en colère pour travailler.
Puis, à 18 h 47, mon téléphone a vibré.
Une notification bancaire.
Une demande de transfert avait été enregistrée depuis notre compte joint.
J’ai ouvert l’application.
Le montant m’a coupé le souffle.
27 500 euros.
Presque toutes nos économies communes.
Le transfert n’était pas encore validé car, au-delà d’un certain plafond, une confirmation supplémentaire était nécessaire.
J’ai appelé Julien.
Pas de réponse.
J’ai rappelé.
Messagerie.
J’ai immédiatement contacté la banque.
Après plusieurs vérifications, une conseillère nommée Mme Bernard m’a expliqué que la demande avait été initiée depuis l’accès personnel de Julien.
« Pouvez-vous me dire vers quel compte ? »
Elle a hésité.
« Il s’agit d’un bénéficiaire déjà enregistré. »
« Quel nom ? »
Nouvelle pause.
« Mireille Delmas. »
Je me suis assise.
« Sa mère ? »
« Je ne peux confirmer que le nom enregistré, madame. »
Mes doigts sont devenus froids.
« Quand ce bénéficiaire a-t-il été ajouté ? »
La conseillère a vérifié.
« Il y a environ trois semaines. »
Trois semaines.
Bien avant notre dispute.
« Et le transfert ? »
« La préparation semble avoir commencé plusieurs jours auparavant. »
Je fixais le mur devant moi.
Ce n’était donc pas une réaction impulsive de Julien après le départ de sa mère.
Quelque chose avait été prévu.
La conseillère a ensuite ajouté :
« Il y a également une note concernant un appel récent de monsieur Moreau au sujet d’un dossier de crédit. »
Mon cœur s’est mis à battre plus vite.
« Quel crédit ? »
« Je ne vois pas de demande finalisée.
Seulement une demande d’information.
Il souhaitait savoir quels justificatifs seraient nécessaires pour un financement garanti par un bien immobilier situé à votre adresse. »
Je me suis levée d’un bond.
« Cette maison est uniquement à mon nom. »
« Dans ce cas, aucun engagement sur ce bien ne pourrait être finalisé sans votre consentement et les documents nécessaires. »
J’ai fermé les yeux.
Cela aurait dû me rassurer.
Ce ne fut pas le cas.
Parce qu’une nouvelle question venait de naître.
Pourquoi Julien se renseignait-il sur l’utilisation de ma maison comme garantie ?
J’ai appelé ma mère.
Elle a décroché immédiatement.
« Claire ? »
Je lui ai tout raconté.
À la fin, elle est restée silencieuse quelques secondes.
« Ne signe rien », a-t-elle dit.
« Je n’ai rien signé. »
« Vérifie quand même tous tes dossiers.
Tes papiers d’identité.
Les copies de l’acte.
Tes relevés.
Tout. »
Cette suggestion m’a glacée davantage.
Je suis montée dans mon bureau.
Mon acte original était dans un coffre compact installé dans une armoire.
Le code n’était connu que de moi.
Tout semblait en ordre.
Mais en ouvrant un classeur où je conservais de vieux relevés, j’ai remarqué une pochette transparente vide.
Je savais ce qu’elle contenait autrefois.
Une copie certifiée de mon acte de propriété.
J’ai fouillé tous les dossiers.
Rien.
J’ai appelé Julien à nouveau.
Cette fois,