répondit : « Je n’ai pas besoin que tu sois parfait.
J’avais besoin que tu ne participes pas à mon effacement. »
Marc baissa les yeux.
Élise essuya rapidement une larme sous son œil, presque irritée qu’elle soit apparue.
« Je suis désolée aussi », dit-elle.
Claire ne répondit pas tout de suite.
Le pardon, pensa-t-elle, n’avait pas besoin d’être instantané pour être possible.
« J’entends tes excuses », dit-elle finalement.
« Pour le reste, on verra avec le temps. »
C’était suffisant.
Le photographe de l’établissement appela Théo quelques minutes plus tard pour une dernière photo avec sa famille.
Il se plaça devant le bâtiment, diplôme à la main.
« Avec qui ? » demanda le photographe.
Théo regarda Claire.
Puis Marc.
Puis Élise.
Il aurait pu transformer cette seconde en vengeance.
Il choisit autre chose.
« Tout le monde », dit-il.
« Mais maman à côté de moi. »
Claire prit place à sa droite.
Marc se plaça de l’autre côté.
Élise resta un peu en retrait jusqu’à ce que Théo lui fasse signe d’avancer.
Ce geste n’effaçait rien.
Il traçait seulement une limite : personne n’avait besoin de disparaître pour qu’un autre existe.
Le photographe leva son appareil.
« Regardez ici. »
Juste avant le déclic, Claire sentit la main de Théo chercher la sienne.
Elle la serra.
Sur la photo, on distinguerait probablement la fatigue sous ses yeux, les plis de sa robe bon marché et une mèche que le vent avait déplacée.
Elle s’en moquait.
Pour la première fois de la journée, elle ne se trouvait ni au fond, ni sur le côté, ni hors du cadre.
Plus tard, quand la cour se vida, Théo et Claire marchèrent ensemble jusqu’au parking.
Il portait sa toge sur un bras et son diplôme sous l’autre.
« Tu sais ce que je veux faire ce soir ? » demanda-t-il.
« J’imagine que le major de promotion veut un dîner très élégant. »
« La pizzeria près de chez nous. »
Claire éclata de rire.
« Celle avec les chaises en plastique ? »
« Exactement. »
« Après toutes ces années d’études, ton goût ne s’est donc pas amélioré. »
Il ouvrit la portière de sa vieille voiture.
Puis il s’arrêta.
« Maman ? »
« Oui ? »
« Ce matin, quand tu étais au fond… pourquoi tu n’as pas fait de scandale ? »
Claire réfléchit.
« Parce que je ne voulais pas que leur mauvais choix devienne ton souvenir principal de cette journée. »
Théo regarda la façade de l’école derrière eux.
« Trop tard.
Je vais m’en souvenir. »
Claire sentit son cœur se serrer.
Il sourit.
« Mais pas pour la raison qu’ils pensent. »
Il leva l’enveloppe de Strasbourg.
« Je vais me souvenir du moment où j’ai compris que grandir, ce n’était pas seulement réussir quelque chose.
C’était décider quel genre d’homme je voulais devenir quand personne ne pouvait décider à ma place. »
Claire ne trouva rien à répondre.
Alors elle fit ce qu’elle avait fait pendant dix-huit ans quand les mots étaient trop petits.
Elle posa une main sur sa joue.
Puis ils montèrent dans la voiture.
Le siège 14 resta derrière eux, vide maintenant dans une salle qu’on était déjà en train de nettoyer.
Il avait semblé si